Je publie dans RĂ©forme un Ă©ditorial intitulĂ© “En chair et en os”.

Vous pouvez le découvrir sur le site Internet de Réforme ou ci-dessous.

Les rencontres en chair et en os me manquent. Pourtant, j’aime les nouvelles technologies ; c’est formidable de pouvoir faire des visioconfĂ©rences Ă  l’autre bout du monde ; le tĂ©lĂ©travail permet de gagner un temps considĂ©rable dans les transports. Mais si je reste trop longtemps sans sortir de chez moi, je commence Ă  me sentir seul. J’ai beau communiquer sur les rĂ©seaux sociaux, ça ne me suffit pas.

Regarder un film chez soi, se faire livrer Ă  manger, ce n’est pas pareil que d’aller au cinĂ©ma ou au restaurant. Il manque quelque chose. Et encore, j’ai la chance de ne pas vivre seul, je profite chaque jour de ma famille. Il n’empĂȘche que j’ai hĂąte de recommencer Ă  circuler normalement, de retrouver mes amis, de vivre des temps forts de priĂšre collective lors de grands rassemblements. Que cela me plaise ou non, j’ai besoin des autres. L’annĂ©e 2020 me l’a bien montrĂ©.

Ou plutĂŽt rappelĂ©. Car ce constat, on le trouve dĂšs les premiĂšres pages de la Bible. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », dĂ©clare Dieu aprĂšs avoir créé Adam (GenĂšse 2,18). Quelques versets plus loin, Ève pointe le bout de son nez. Adam s’exclame : « Os de mes os et chair de ma chair ! » (verset 23). C’est le cas de le dire, puisque Ève est issue de l’une de ses cĂŽtes. Mais cette expression nous rappelle aussi que nous sommes des ĂȘtres corporels. Nous avons besoin de relations incarnĂ©es, c’est-Ă -dire « en chair », sans quoi nous perdons notre humanitĂ©.

Cette dimension est d’ailleurs au cƓur de NoĂ«l. Ce bĂ©bĂ© si fragile, dans la crĂšche, c’est la Parole divine « devenue chair » (Jean 1,14). Elle aurait pu se manifester Ă  nous sous la forme d’un hĂ©ros ailĂ© dĂ©chirant les cieux, mais elle choisit de devenir pleinement humaine. NoĂ«l nous invite ainsi Ă  cĂ©lĂ©brer l’incarnation. Paradoxalement, beaucoup d’entre nous devront fĂȘter NoĂ«l sans leurs proches cette annĂ©e. Dans ces moments difficiles, je rĂ©alise davantage encore mon besoin de vivre une humanitĂ© incarnĂ©e, toute fragile qu’elle soit. Vivement les retrouvailles en chair et en os !

(Michael Langlois, “En chair et en os”, RĂ©forme 3878, 17 dĂ©cembre 2020, p. 2)

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